Carnets de voyages et d'aventures de Vero et Eddy - Textes, photos, dessins mais aussi humour sont nos compagnons de voyages. D'autres voyageurs nous ont rejoints et proposent, eux aussi, leurs destinations favorites sur notre blog
|
|
| Un moine emballé dans sa robe couleur rouille crache une giclée pourpre par la fenêtre du wagon. Il porte à sa bouche une bouteille d'eau dont il prélève une rasade. Histoire de se rincer le palais. Une seconde giclée, plus diluée cette fois, suit le même chemin. Le saint homme conserve de sa manie de chiquer, des lèvres rouges qui me rappellent une publicité de Max Factor. C'est l'heure, enfin. Le convoi s'ébranle. Nous dodelinons sur nos sièges uper class. Nous fonçons toutes fenêtres ouvertes. J'espère que le moine n'aura pas la fâcheuse idée de cracher pendant qu'on roule. Le bétel, ça tache! Dans un tintamarre de ferraille, nous cahotons sur les rails. Les yeux ouverts, j'ai l'impression de revivre ma première cuite, lorsque j'avais dix-sept ans et que je ne supportais pas l'alcool. Les yeux fermés, cela me fait plutôt penser à une attraction de la foire du Midi, à Bruxelles. J'essaie d'écrire, mais je suis pas du tout sûr de pouvoir me relire. |
![]() |
| Pendant ce temps, le paysage défile de gauche à droite mais aussi de bas en haut. Les jambes figées dans la boue, des femmes travaillent dans les rizières. A perte de vue, le terrain est plat et verdoyant. Des bottes de riz attendent d'être repiquées. Des enfants jouent avec un cerf-volant. Entre un troupeau de buffles et un troupeau de chèvres, des maisons en bois trempent leurs pilotis dans l'eau. A gauche, un pagodon doré. A droite, accroupis le long de la voie ferrée, des ouvriers agricoles prennent une pause. Le ciel s'aquarellise de nuages gris. A chaque gare, à chaque passage à niveau, un employé des chemins de fer lève un drapeau vert pour signaler au conducteur du train que la voie est libre. Il nous faudra deux heures pour rallier Bago. |
| Eddy |